France Télévisions: vers une mutation numérique

Lors de la dernière conférence de presse de la Commission pour la Nouvelle Télévision Publique qui s’est tenue  mardi 9 avril, Jean-François Copé a abondé dans le sens d’une évolution de France Télévisions vers le numérique. Voici le développement du point de vue de la commission sur les quatre axes des ateliers la constituant: modèle de développement et de diversification, modèle culturel et créatif, modèle de gouvernance et  modèle économique.

Modèle de développement et de diversification:

France Télévisions va évoluer afin de développer son activité dans le numérique. Dans ce sens il est intéressant de rappeler que la Catch-up TV (télévision de rattrapage) devrait être lancée prochainement et que 3 canaux sont préemptés pour des chaînes du groupe sur le futur multiplex TMP (Télévision mobile personnelle). La diversification devrait se poursuivre avec l’ouverture de chaînes de Web TV. Pour Jean-François Copé, demain France Télévisions ne sera plus un groupe de télévision mais un “Global Média”.

Cette évolution de l’activité nécessitera de lourds investissements mais sera à terme génératrice de nouvelle recettes.

Modèle Culturel et créatif:

Celle-ci devrait s’accompagner d’une réflexion sur la forme programmes et de leur “scénarisation” afin de pouvoir répondre aux nouveaux usages de consommation du média.

L’identité d’une ou plusieurs chaînes du groupe pourrait évoluer mais le périmètre du groupe ne devrait pas être revu à la baisse. Au contraire de nouvelles marques pourraient voir le jour dans le cadre du lancement des nouvelles Web TV.

Enfin le groupe va créer une entité de R&D afin d’avoir une vision prospective du marché et de l’évolution du groupe en conséquence.

Le modèle de gouvernance:

Les actifs du groupe France Télévisions vont se regrouper dans une entreprise unique qui deviendrait éditeur de contenu. En mutualisant ainsi ses ressources, le groupe serait à même d’avoir une stratégie plus globale et “cross-média”.

Le modèle économique:

La suppression de la publicité se fera de manière progressive à partir de 2009. Sa disparition totale de l’antenne devrait intervenir en 2011 en corrélation à l’extinction de la télévision analogique. Deux scénarii sont déjà envisagés:

  • Une suppression de la publicité à partir de 20h.
  • La suppression de la publicité seulement sur certaines chaînes du groupe.

En s’attardant sur ce point on constate que la position de la commission est résolument pragmatique.

En effet la compensation d’une suppression totale de la publicité dès 2009 avait été évaluée à 1,2 milliards d’euros par an à périmètre constant (production de nouveaux formats inclus), hors le marché publicitaire tend à se déplacer, que ce soit sur la TNT (+137,8% d’investissements publicitaires février 2008 vs février 2007) ou sur internet (+32 % d’investissements publicitaires sur le “display” 2007 vs 2006).

La période test 2009-2011 de suppression partielle va permettre de restructurer la régie publicitaire afin d’accompagner le groupe dans sa mue numérique et d‘éviter la fuite des annonceurs. Si l’espace publicitaire télévisuel et les revenus associés vont progressivement disparaître, de nouvelles offres publicitaires prendront le relais.

Ces deux ans seront également un “round” d’observation permettant de tester des formats de substitutions aux espaces: pastilles (format court du type: Samantha Oupss, Un Gars une Fille…), flash d’information, auto promotion des programmes voir speakerine…

En tout cas, comme le dit Jean-François Copé: “C’est un feuilleton à épisodes”. Rendez-vous donc le 16 avril, date du rapport de méthode,  pour son prochain épisode.

Dividende numérique: pendant que l’audiovisuel et les télécoms convergent, le CSA et l’ARCEP divergent…

teteaucarre.com- Dividende numérique- pendant que l\'audiovisuel et les télécoms convergent, le CSA et l\'ARCEP divergent...

La commission du dividende numérique a lancé vendredi 4 avril une consultation publique sur la réutilisation des fréquences liée à l’extinction de la télévision hertzienne analogique en novembre 2011.

L’encombrement du spectre hertzien, à date, fait du dividende numérique, également qualifé de “fréquences en or”, un enjeu stratégique pour les  différents acteurs de l’audiovisuel et des des télécommunications. En effet ces fréquences basses (inférieures à 1GHz) ont des propriétés physiques de propagation et de pénétration des équipements urbains supérieures aux autres.

La loi du 5 mars 2007 sur la modernisation de la diffusion audiovisuelle et à la télévision du futur confère au premier ministre, après consultation de la commission pour le dividende numérique, la validation du plan de réaffectation des fréquences libérées par l’extinction de la diffusion analogique de la télévision. Ces fréquences devront rester majoritairement affectées aux services audiovisuels.

La Conférence Mondiale des Radiocommunications (CMR) qui s’est tenue à Genève en novembre 2007 a préconisé l’utilisation de la bande de fréquence située entre 790 et 862 MHz pour les services de télécommunications mobiles en Europe.

En effet, dans le cadre d’un plan de réaffectation, une harmonisation des fréquences est nécessaire à la fois, afin  de créer un marché international en terme d’infrastructures et d’équipements, et,  de permettre un déploiement efficace des services. Dans ce cadre la séparation des fréquences selon leur usage doit être matérialisée par la création d’une sous-bande dédiée aux usages de télécommunication mobiles.

Outre le fait qu’une partie de ces fréquences est pour l’instant attribuée à la défense (830-862 MHz), le CSA se défend de la légitimité de l’affectation de la sous-bande aux les opérateurs de télécommunication et ce sur plusieurs points:

  • L’ARCEP n’exploite pas aujourd’hui l’intégralité du spectre qui lui est alloué. A titre d’exemple, la 4ème licence UMTS n’est pas attribuée.
  • Les normes 2G (GSM) et 3G (UMTS) cohabitent sur le réseau. Un plan de basculement global vers la 3G permettrait d’optimiser la portion de spectre allouée aux télécommunications.
  • La technologie permettant le très haut débit mobile (via la 4G) n’est pas encore définie et lui réserver une sous-bande relève plus de la spéculation aujourd’hui.
  • Le secteur des télécommunications, a contrario de celui de l’audiovisuel détruit des emplois.
  • L’attribution gratuite de fréquences hertziennes à des opérateurs audiovisuels en échange d’obligations de diffusion de participation au financement de la production permet de développer l’industrie du contenu.

La position du CSA consiste à repousser à 2012 l’affectation d’une sous-bande attribuée aux services de télécommunication afin de permettre  l’extinction de la télévision analogique et le déploiement de l’offre audiovisuelle numérique. Les projets sont nombreux en la matière:

  • l’attribution d’une chaîne TNT bonus aux opérateur historique: TF1, M6, Canal +.
  • L’extension de la haute définition à l’ensemble de la TNT.
  • L’attribution d’un second multiplex à la TMP (Télévision Mobile personnelle).
  • Le lancement de nouvelles chaînes de TNT locales.

Face à cela, l’ARCEP souhaite entériner la sous-bande réservée aux télécommunications dans le plan de d’extinction de la télévision analogique et de réaffectation des fréquences. L’utilisation de fréquences inférieurs à 1 GHz permettrait non seulement une économie substantielle dans le développement d’infrastructures et le lancement de nouveaux services mais surtout garantirait une couverture nationale maximisée.

Le déploiement de l’UMTS depuis fin 2004 peut faire office d’exemple. Sur une bande de fréquences hautes à 2,1 Ghz, SFR l’opérateur le plus avancé, ne couvrait que 70% du territoire fin 2007. L’ouverture de la bande de fréquences située à 900 Mhz et jusque là réservé au GSM, devrait permettre à SFR et Orange d’atteindre une couverture de 99% du territoire au second semestre 2009.

Le lancement des offres “internet illimité” sur mobile fin 2007 est en train de démocratiser les nouveaux usages. D’après l’autorité de régulation, dans les années à venir, le trafic voix devrait doubler tous les  6 ans alors que le trafic de données devrait être multiplié par 6 à 10 tous les 5 an.

Les débits mobiles sont en voie de coïncider avec ceux des connexions Internet fixes. L’UMTS permet actuellement d’atteindre 1,8 voir 3,6 Mbit/s en zone dense, soit l’équivalent d’une offre ADSL d’entrée de gamme.

L’Internet mobile pourra à terme permettre non seulement la continuité d’usage mais aussi et surtout la réduction de la fracture numérique en couvrant les zones “blanches” ADSL/fibre.

La Commission Consultative des Radiocommunications (CCR) estime que l‘ensemble du territoire pourra bénéficier d’une connexion mobile de 10 Mbits/s en 2015 sous condition d’attribution rapide de la sous-bande.

Pour la commission du dividende numérique, celui-ci n’est pas la simple résultante de la libération des fréquences suite à l’extinction de la télévision analogique en 2011, mais bien la finalité d’un plan de réaffectation des fréquences. Conjointement à la consultation publique et afin d’arbitrer les différents usages possibles, la commission du dividende numérique lancera prochainement deux études. L’une portera sur la définition juridique du dividende numérique et l’autre sur l’évolution de la consommation des médias.

In fine, il est normal, sachant que l’exploitation du spectre hertzien génère à l’échelon européen 200 milliards d’euros, soit 2% du PIB de la zone, que différents acteurs soient en concurrence quant à son utilisation future.

Maintenant, en observant le tissu français on constate que les grands opérateurs ont, ou vont, développer leurs activités tant dans les télécommunications que dans l’audiovisuel:

  • Bouygues (TF1, Eurosport, LCI, TMC, Bouygues Telecom) , Vivendi (Canal +, Canalsat, SFR) et dans une moindre mesure NRJ Groupe ( NRJ Music, NRJ 12, NRj Hit, NRJ Paris, NRJ mobile) se développent sur ces deux domaines d’activités stratégiques.
  • Bolloré (Direct 8, Bolloré Telecom) dispose de licences Wimax ainsi que Wifi et pourrait faire son entrée en tant qu’opérateur de téléphonie mobile dans l’hypothèse où la 4ème licence UMTS venait à être attribuée par lots.

Malgré la réticence des parlementaires, le numérique soulève le problème de la dissociation des instances de régulation de l’audiovisuel (CSA) et des télécommunications (ARCEP).

Au delà des opérateurs/acteurs, ces marchés sont caractérisés par une structure verticale commune : infrastructures - contenus - audiences. La convergence n’est ni plus ni moins que la modulation de cette structure sur les axes du temps et de l’espace. Ces données étant non nulles et invaribales, le phénomène est donc inévitable.

Appel à candidatures pour la Radio Numérique: Pierre philosophale ou pavé dans la mare ?

teteaucarre.com: Appel à candidatures pour la Radio Numérique: Pierre philosophale ou pavé dans la mare

Le CSA a lancé le 27 Mars le premier appel à candidatures pour l’attribution de fréquences de radio numérique. Celui-ci porte sur 19 agglomérations françaises (Bordeaux, Le Mans, Rouen, Clermont-Ferrand, Dijon, Lille, Lyon, Marseille, Nice, Metz, Nancy, Strasbourg, Paris, Tours, Angers, Brest, Nantes, Rennes et Toulouse) soit l’équivalent de 30% de la population nationale. Il sera suivi courant 2008 d’un second qui couvrira les axes autoroutiers et 12 à 14 villes supplémentaire pour une extension de 10% de la couverture.

La numérisation devrait permettre d’enrichir l’offre radiophonique sur 3 axes:

  • Qualité: à l’image de la TNT pour la télévision, le numérique permet de réduire les interférences de signal. Les programme seront alors disponnibles en qualité CD.
  • Profondeur: En addition du signal audio il sera possible de recevoir des flux d’informations supplémentaires (météo, info trafic, pochette de l’album diffusé…). sous forme d’images ou de vidéo alors que la technologie RDS actuelle ne permet que de diffuser du texte. La plus grande innovation reste tout de même l’intégration du Time Shifting. Il sera désormais possible de mettre le programme écouté en pause et d’effectuer des retours dans le cours de l’émission.
  • Largeur: Les grands réseaux de radios privées tel que RTL, Europe 1, NRJ ou RMC ne sont aujourd’hui capables au mieux de couvrir 75% du territoire. Il leur sera à terme possible d’étendre cette couverture à l’ensemble du territoire et ce avec une fréquence unique. En moyenne un auditeur français est capable d’accéder à une vingtaine de stations radio. Le passage au numérique devrait permettre d’élargir l’offre à 30 voir 64 stations selon la situation géographique. En plus des radios déjà diffusées en FM qui seront reprises sur canal, de nouveaux entrant devraient se voir attribuer des fréquences. Ceux-ci pourront venir des web radios ou de stations partageant anciennement la même fréquence.

Les dossiers sont à déposer avant le 16 juin. Le CSA délivrera les première autorisations fin 2008 pour une diffusion début 2009.

Alors que la Radio numérique semble être une véritable révolution, de nombreux doutes subsitent.

Tout d’abord la norme retenue est le T-DMB, à contrario de l’Allemagne et de l’Angleterre, précurseur dans la diffusion de radio en numérique qui ont fait le choix du DAB+. La norme retenue par la France privilégie l’interactivité du support alors que celle de nos voisin permet la réception d’un plus grand nombre de stations. A date la norme T-DMB est utilisée pour la radio en Corée du Sud, en Chine et en Inde.

De plus les coûts pour les stations seront décuplés. D’une part le passage, au numérique nécessitera le renouvellement des équipements, d’autre part, les titulaires d’une autorisation numérique devront continuer de diffuser parallèlement en analogique. A ce jour, contrairement à la télévision analogique qui doit s’éteindre en 2011, aucune échéance n’est encore avancée pour son homologue radio.

Enfin, le coût d’un récepteur radio numérique reste élevé pour l’utilisateur final. Au lancement, celui-ci devrait coûter aux alentours de 200€.

Alors que la radio est le média d’accompagnement par excellence, et que 63% des internautes la consomment de manière convergente par le biais de web radios ou de podcasts (source: Ipsos), l’avancée technologique conjuguée à l’intérêt des grands réseaux sera-t’il suffisant pour imposer la révolution numérique ? Les engagements financiers en jeu ne risquent ils pas d’accentuer la fracture de l’offre ?

Réponse dans un futur proche.

Réforme de l’audiovisuel public: quels enjeux pour demain

teteaucarre.com: Réforme de l’audiovisuel public: quels enjeux pour demain

La séance de travail de la Commission pour la Nouvelle Télévision Publique qui s’est tenue mardi 25 mars s’est conclue par l’annonce du montant de la compensation allouée à France Télévisions en prévision de la dégradation du marché publicitaire sur 2008 suite à l’annonce présidentielle du 8 janvier dernier.

Cette somme a été estimée à 150 millions d’euros à la fois sur les bases des recettes 2007 et sur l’hypothèse d’une régression de 20% en 2008.

Le Grand Forum Télérama sur le big bang de la télé qui s’est déroulé dans les locaux de Science Po jeudi 27 Mars, a permis de revenir sur cette estimation et de manière plus globale sur les enjeux de la réforme de l’audiovisuel public français.

Christine Albanelle, ministre de la culture et de la communication, a tout d’abord précisé que cette somme ne constituera pas un apport en capital mais une anticipation sur la redevance 2008. Concrètement, cela n’engendrera pas sur cet exercice un besoin de financement supplémentaire, contrairement aux prochains où la future réforme devrait durablement transformer le modèle économique. Pour rappel, l’estimation des capitaux nécessaires pour remplacer la publicité et financer les nouveaux programmes est de 1,2 milliards d’euros par an. France Télévision devrait rapidement bénéficier de cette avance.

Face à l’injection rapide de nouveaux moyens dans l’audiovisuel public, Nicolas de Tavernost président du directoire de M6, souhaiterait un allègement de l’imposition sur les revenus publicitaires des chaînes privées. En effet, la morosité du marché n’est pas seulement due à l’annonce présidentielle, mais aussi à des facteurs macroéconomiques tels que la crise du pouvoir d’achat, la dilution des audiences due à l’émergence du numérique ainsi qu’ à l’attente de l’application française de la révision de la directive européenne Télévision Sans Frontières. C’est donc bien l’ensemble de l’audiovisuel français qui est victime des aléas du marché et de la frilosité des annonceurs.

Au delà du financement, Patrice Duhamel directeur général de France Télévisions chargé des antennes et de la diversification des programme ainsi que Michel Boyon président du CSA se sont entendus sur le fait que la substitution des revenus publicitaires par le financement public ne serait pas mécaniquement un gage de qualité pour les programmes. C’est pourquoi l’annualisation des objectifs d’audience prônée par Jean-François Copé serait le tremplin pour “plus d’audace” dans la programmation. Les programmes culturels devraient trouver une place de choix en prime-time sans toutefois répliquer l’exemple Arte et ce dans le but de préserver le positionnement grand public des chaînes du groupe.

L’ambition de celui-ci est à la fois d’investir dans la programmation, en préservant ses grands rendez-vous tel que le sport, mais aussi dans le contenu et les technologies nécessaires à la diversification numérique.

Au delà de France Télévisions, c’est l’ensemble des médias français qui doit relever les défis que lui impose la mutation des consommations des supports. Pour la télévision il s’agit d’accompagner la délinéarisation qui passe par le développement de l’offre de VOD et de Catch-up TV (télévision de rattrapage type Arte +7 ou M6 Replay).

Dans ce cadre, la réaffectation des ressources de certains des groupes de télévisions privés ou des opérateurs internet et télécommunication, comme le préconisait le président de la république, serait un placébo qui pénaliserait la diversification de l’offre. Au delà du financement des structures de diffusion ce sont les programmes et les moyens techniques qui doivent bénéficier d’investissements nouveaux.

Alors que les redevances de nos voisins anglais et allemands s’élèvent respectivement à 195€ et 204€, la redevance française est quant à elle gelée à 116€ depuis 2002. D’après la cours de comptes l’inflation a érodé de 10 % la valeur de la redevance depuis six ans (source: Cours des Comptes via le Monde). Les recettes publicitaires des chaines hertziennes n’ont progressé en valeur que de 0,5% sur 2007 (vs +26% sur le câble et le satellite +119% sur a TNT) (source: TNS média intelligence).

Même si l’augmentation des revenus garantis par la redevance en regard au marché publicitaire incertain semble être une priorité, , une telle hausse devient difficilement défendable devant l’opinion publique alors que le pouvoir d’achat est au centre de la polémique.

En effet selon le sondage Ipsos 50% des français sont contre la suppression de la publicité de France Télévisions. Plus du tiers des personnes interrogées estiment que la mesure leur en coutera plus de 50€ par an, contre un quart qui pense que ce sera moins.

De l’avis général des intervenants du forum, l‘état doit s’engager dans une démarche pédagogique de grande ampleur vis à vis des français. De l’autre côté du spectre les futures réformes audiovisuelles devront intégrer les nouveaux entrants du numérique dans le modèle de financement des programmes.

M6 Replay: retour sur les programmes et avance sur le marché publicitaire

teteaucarre.com: M6 Replay: retour sur les programmes et avance sur le marché publicitaire

Ce Mercredi 19 Mars, M6 a lancé son service de Catch-Up TV M6 Replay. Celui-ci permet à date de visionner gratuitement sur le site internet la majorité du catalogue de programmes de la chaîne diffusés sur le réseau hertzien entre 18h et minuit ainsi que les magazines de la matinée, le journal de 12h50 et l’émission Turbo.

Sont exclus de l’offre, les films (contrairement aux séries) et matchs de football. Les négociations pour ce type de programmes sont en cours avec les ayants droit.

Le service sera financé par l’intégration progressive de formats publicitaires: que ce soit sur les pages du site Internet ou en pré-roll directement dans les vidéos. Procter & Gamble et Ford seront les deux premiers annonceurs.

A terme, l’offre sera également disponible via les setup box ADSL et les téléphones mobiles.

Dans un contexte publicitaire morose et de guerre de parts d’audience, Nicolas Tavernost président du directoire du Groupe M6, a fait de l’optimisation du Power Ratio un axe stratégique majeur (Source: AFP)

Sachant que cet indicateur mesure les revenus publicitaires générés par point de part d’audience, l’offre M6 Replay s’imbrique parfaitement sur ces deux axes:

Revenus publicitaires

Le report des investissements publicitaires suite à l’arrêt de la publicité sur les chaînes de France Télévisions sera selon les estimations plus profitable aux chaînes TNT et aux autres médias. De manière plus globale, malgré sa résistance avec une progression de +2,3% en 2007, le marché publicitaire TV français est en recul dans la part de dépenses média des annonceurs avec 29,4% en 2007 contre 32,5% en 2005. Face à cela, Internet est une véritable locomotive pour le marché avec une progression des investissements de 32% pour le dispaly et 43,3% pour les liens sponsorisés (Source: Irep).

Le catalogue délinéarisé de M6, sorti d’une logique de mass média, devrait permettre au groupe de maximiser la puissance des différents programmes sur leurs cibles respectives. Non seulement ces audiences seraient épurées de spectateurs passifs et autres zappeurs mais, qui plus est, le support deviendrait ultra captif. L’augmentation de son inventaire et ce de manière plus ciblée devrait permettre mécaniquement la croissance des revenus de la régie publicitaire.

Point de part d’audience

Alors que l’audience tend à se diluer avec l’augmentation de l’offre, il devient vital pour une chaîne de télévision de sortir ses programmes d’une logique de concurrence broadcast en les proposant de manière illimité sur une fenêtre de diffusion plus large.

M6 Replay, au delà du fait d’endiguer la dispersion de l’audience en investissant les trois écrans Internet - TV - Mobile, a surtout vocation d’arrêter son évaporation sur les sites User Generated Content tel que Youtube ou Dailymotion. La progression de +13 pts (50% en décembre 2007 vs. 37% en Mars 2007) du pourcentage d’utilisateurs de ces plateformes et celle de + 4 pts (41% en décembre 2007 vs. 37% en Mars 2007) du pourcentage de consommateurs de télévision en convergence démontre une réelle appétence pour cette consommation délinéarisée (Source: Ipsos).

La diffusion à la demande devrait permettre d’avoir une mesure d’audience en temps réel automatisée, contrairement au broadcasting qui nécessite un processus déclaratif via un boitier de contrôle. En extrapolant, l’analyse de ses nouvelles informations pourrait permettre de travailler un programme en optimisant son rythme et/ou sa construction.

L’offre devrait continuer d’évoluer et il serait possible à l’avenir de voir apparaître des plages publicitaires via le chapitrage des programmes. M6 Replay, de par sa nature, devrait rester en dehors du périmètre du CSA, lui évitant toute contrainte de volume publicitaire.

Les concurrents l’ont bien compris et ne sont pas en reste: Arte et Canal +ont déjà lancé leurs offres, France Télévisions en partenariat avec Orange devrait emboiter le pas d’ici fin Mars et TF1 serait dans les starting blocs.

Le groupe de Nicolas de Tavernost quant à lui poursuit dans sa lancée et travaille actuellement à l’adaptation de la catch-up TV à sa nouvelle petite chaîne qui monte W9.

Suppression de la publicité sur France Télévisions: S.O.S sport en danger ?

teteaucarre.com: Suppression de la publicité sur France Télévisions: S.O.S sport en danger ?

La disparition du football français de la télévision publique suite à l’appel d’offres de la LFP conjuguée à l’annonce de suppression de la publicité sur ces mêmes chaînes, suscite des sueurs froides .

En effet en 2008 l’enveloppe allouée au sport par France Télévisions est de 150 millions d’euros pour 1200 heures de programmes (Source: Le Journal du Du Dimanche). Face à la nécessité de compenser 1,2 milliards de recettes publicitaires et de nouveaux programmes, le malaise se fait sentir.

Bernard Laporte secrétaire d’Etat aux sports a soumis la semaine dernière 4 propositions à la Commission pour la Nouvelle Télévison Publique:

  • Prélever une partie des recettes des jeux et paris sportifs. Celui-ci devrait s’ouvrir suite aux pressions de Bruxelles. Jupiter Research estimait le marché européen des paris sportifs en ligne à 3,2 milliards d’euros en 2005 et prévoit 7,2 milliards d’euros en 2009.
  • Poursuivre le parrainage commercial des émissions sportives.
  • Permettre, dans le cadre d’un assouplissement de la suppression de publicité, de faire bénéficier en premier lieu les programmes sportifs.
  • Garantir la diffusion gratuite d’évènements sportifs dans le cadres de prochains appels d’offres.

Le sport n’est pourtant pas prêt de disparaître de France Télévisions. Les droits de diffusion du tournois des VI nations sont prolongés jusqu’en 2013 et ceux des matchs du XV de France jusqu’en 2011. Le contrat avec A.S.O (Amaury Sport Organisation) organisateur entre autres Le Dakar et le Tour de France est renouvelé jusqu’en 2013.

Les brasseurs de bière peuvent donc continuer à dormir sur leurs deux oreilles, le malt et le houblon continueront de couler à flots devant les matchs.

Publicité, guerre et parts d’audience: prémices d’une nouvelle saga télévisée

teteaucarre.com: Publicité, guerre et parts d’audience: prémices d’une nouvelle saga télévisée

Malgré l’annonce de la suppression de la publicité sur France Télévisions, les grands groupes privés ne sont pas optimistes sur ce marché. Lors de la présentation de leurs résultats 2007, Nonce Paolini n’a pas souhaité communiquer sur la progression des recettes publicitaires (source: Le Figaro) pour TF1 et Nicolas de Tavernost se veut pessimiste pour M6 (source: AFP via Yahoo! Actualités) . Selon lui le report d’investissements publicitaires ne s’élèverait qu’à 400 millions d’euros sur l’ensemble des chaînes TV (contre 800 millions de recettes publicitaires pour France Télévisions aujourd’hui), dont 200 millions pour TF1 et M6 et au final un tiers pour son groupe. Ces deux dirigeants se rejoignent sur le fait que la croissance de TF1 et M6 se fera par acquisition et diversification.

Au vu de l’évolution des parts d’audience et de la probable envolée des tarifs, les “autres chaînes” de la TNT devraient être les grands vainqueurs de ce futur Mercato publicitaire. Leur part d’audience a bondi de 3,08% à 10,1% (+6,3 pts) entre février 2006 et février 2007 (source: Médiamétrie). Sur la même période, les investissements publicitaires ont explosé sur ces supports, tant en valeur 46 925 k€ (+ 137,8 % , qu’en volume: 70 675 spots (+ 29,2 %) (Source: Yacast via Mass Media).

Dans ce contexte de marché tendu, TF1 et M6 craignent que la retrait de la publicité de France Télévisions soit à double tranchant. En effet les chaînes publiques dépouillées d’écrans publicitaires pourraient voir leurs prime times avancés à 20h35, ce qui risquerait de détourner l’audience du tunnel publicitaire de ses concurrentes. Sachant qu’un spot à 20h50 se vend entre 50 000€ et 100 000€, TF1 et M6 en position défensive ont fait pression afin que les primes de France Télévisions débutent à 21h et que ceux-ci soient précédés de programmes courts culturels (Source: Nouvel Observateur).

La bataille s’est aussi engagée sur la TNT. Suite à une saisine du conseil d’état par TF1, NRJ et AB Groupe, W9 (Groupe M6) et Virgin 17 (Groupe Lagardère) ont vu leurs conventions avec le CSA annulées. En cause, la définition des “heures de grande écoute” durant lesquelles les chaînes TV doivent respecter des contraintes de diffusion d’oeuvres Européennes. Dans le cadre de chaînes musicales comme W9 et Virgin 17, cette plage couvre la tranche horaire 7h-minuit alors que chez les chaînes généralistes, celle-ci est de 18h à 23h. La programmation de ces 2 chaînes évoluant vers le modèles de leurs “aînées”, le conseil d’état a estimé qu’elles bénéficiaient d’un avantage concurrentiel (Source: imédias).

W9 devra revenir à l’ancienne convention signée sous son ancienne identité M6 Music. Concrètement la chaîne devra consacrer 50% de son temps d’antenne à des clips musicaux en réduisant son offre de fiction et ramener le volume publicitaire de 9 à 6 minutes par heure. Frédéric de Vincelles, directeur de la chaîne, affirme lui vouloir négocier une avenant à la convention afin de préserver la grille actuelle et d’éviter tout risque d’érosion de l’audience ainsi que de perte de chiffre d’affaire (Source: Le Monde et imédias).

Virgin 17 s’est vu retirer son autorisation d’émettre et doit renégocier sa convention avec le CSA (Source: Le Monde).

Les 2 chaînes conservent leurs fréquences TNT à condition de se conformer à leurs nouvelles obligations d’ici le 1er Juillet.

Le 92 est en train de devenir ce que Dallas était au pétrole. La famille Ewing n’a qu’à bien se tenir, la guerre du baril de publicité est ouverte.

Nouvelle Télévision Publique: On pose les bases et on avance.

teteaucarre.com - Nouvelle Télévision Publique: On pose les bases et on avance

Ce mercredi 12 mars, à l’occasion de sa seconde séance de travail, la Commission pour la Nouvelle Télévision Publique présidée par Jean-François Copé a posé les bases de son action.

Pour rappel, celle-ci a été investi par Ncolas Sarkozy le 19 février suite à son annonce de suppression de la publicité de l’audiovisuel public faite le 8 Janvier.

La composition de la Commission est mixte: parlementaires de différentes sensibilités politiques et de professionnels pour un total de 33 membres.

La première séance de travail qui s’est tenue le 27 février avait pour vocation d’amorcer le chantier.

La seconde a permis de définir son organisation, son planning et son périmètre.

La Commission pour La Nouvelle Télévision Publique se structure donc autour de 4 ateliers:

  • Modèle culturel et créatif: Définition de l’évolution de l’offre de télévision publique à la fois du point de vue du contenu et de sa production.
  • Modèle économique: Modélisation des différentes modalités de financement possible: parrainage, redevance, taxation de la publicité…
  • Modèle de développement et de diversification: Vision prospective sur le potentiel des nouvelles technologies
  • Modèle de gouvernance: Réflexion sur les instances de direction et sur leur désignation.

Cette séance marque l’ouverture des consultations des différents acteurs du secteur qui se tiendront jusqu’au 30 Avril. Le rapport sera quant à lui rendu au 31 mai.

Le périmètre inclut les nouveaux médias que sont internet et le mobile (la Commission compte parmi ses membres Martin Rogard, Directeur France de Dailymotion) mais exclut l’audiovisuel extérieur et la radio.

Le message premier de Jean-François Copé lors de la conférence de presse était la transparence et la l’indépendance de la Commission pour la Nouvelle Télévision Publique.

  • Transparence: d’une part chaque séance de travail bimensuelle sera suivie d’une conférence de presse, d’autre part la commission va mettre en ligne d’ici début avril son site internet. Celui-ci aura à la fois une vocation pédagogique et participative.
  • Indépendance: la Commission se veut ouverte à toutes les contributions mais reste maître de ses décisions. Cette remarque fait suite à l’annonce du livre blanc de TF1 (source LeMonde.fr Via un commentaire de Lola). Le titre révèle que TF1 avait demandé fin 2007 la suppression de la publicité de la télévision publique. A ce titre Jean-François Copé déclare: “Il nous paraît indispensable que nous en ayons connaissance comme une contribution parmi d’autres. Mais nous ne nous sentons aucunement liés par aucune de ces contributions” […] “Les contributions ne nous gênent pas, mais les pressions nous insupportent”.

La Commission s’est fixée comme mission première le calcul des montants nécessaires à compenser les recettes publicitaires et à produire le volume de programmes supplémentaires. La somme a été évaluée à 1,2 milliards d’euros par les syndicats de France Télévisions (800 millions de recettes publicitaires et 400 millions pour la production de contenu). Nicolas de Tavernost président du directoire de M6 arrive lui à 600 millions d’euros en réinjectant le parrainage, les campagnes d’intérêt national et en supprimant le coût de la régie publicitaire. Jean-François Copé s’est donc fixé comme objectif de trancher la question pour le 15 avril 2008.

Droits de retransmission de la Ligue 1 de Footbal: appel d’offres bouclé à la deuxième mi-temps

Droits de retransmission de la Ligue 1 de Footbal: appel d’offres bouclé à la deuxième mi-temps

Alors que l’appel d’offres de la LFP pour l’attribution des droits de diffusion de la Ligue 1 de football avait été prolongé pour cause de montant minimum non atteint le 31 janvier, l’intégralité des 12 lots proposés a belle et bien été attribué ce mercredi 6 février.

Nombreux étaient les prétendants sur la ligne de départ: Canal +, TF1, France Télévisions, M6, Eurosports, Direct 8 , Orange, SFR et Dailymotion. Ce sont finalement Canal + et Orange qui remportent la totalité des lots.

Pari gagné pour la chaîne à péage qui a remporté 9 lots TV sur 10 en ne déboursant que 460 millions d’euros par an contre 600 millions au dernier appel d’offres en 2004 (soit un coup d’acquisition en baisse de 23%). Le groupe acquiert donc 2 lots premiums sur 3, le lot “multiplexes”, les 3 lots “fan” qui seront diffusés en Pay Per View ainsi que 3 lots “magazine” dont 1 en VOD. Au passage France Télévision s’est donc vu raffler son magazine dominical dont la diffusion courait seulement depuis une saison.

Orange de sont côté consolide sa position en ajoutant à ses droits de diffusion mobile, un lot premium ainsi que le nouveau magazine de début de semaine. Le tout pour 208 millions d’euros par an.

Pour la première fois depuis 31 ans, le football français sera absent du paysage audiovisuel gratuit et ce sur la période 2008-2011 couverte par l’appel d’offres.

Billan mitigé côté LFP. Malgré un chiffre d’affaires en progression (668 millions d’euros par an contre 653 millions lors du dernier appel d’offres), on est loin des 750 millions prévu par Jean-Michel Aulas le PDG de l’Olympique Lyonais. La stratégie de redécoupage des lots n’a pas su redinamiser un marché où finalement peu de partenaires sont encore prêts à investir les tickets d’entré demandés par la ligue.

Plusieurs facteurs devraient permettre de faire bouger les lignes d’ici le prochain appel d’offres:

  • L’augmentation de la part d’audience des chaînes de TNT
  • La croissance du marché publicitaire sur Internet
  • L’arrivée de la Télévision Mobile Personnelle

Ce délai “supplémentaire” devrait permettre à la ligue d’apprêter la mariée afin de la rendre plus aguichante aux yeux de ses futurs prétendants. The show must go be on ….

Télévision Mobile Personnelle: On prend les mêmes et on recommence … ou presque

Où est ce que je zappe ?

Lundi 21 Janvier, le CSA (Conseil Supérieur de l’Audiovisuel) a enregistré les dernières candidatures à la Télévision Mobile Personnelle. Alors que le nombre de canaux TMP disponibles est initialement de 16, les prétendants sont au nombre 20 pour 36 dossiers déposés au total. La pression concurrentielle sera d’autant plus forte que 3 canaux seront réservés à des chaînes du service publique (à priori France 2 et Arte seraient déjà pressentis) et que chaque groupe porteur de projet ne pourra s’en voir attribuer au maximum 3.

Ci-dessous le tableau récapitulatif issu du communiqué de presse du CSA:

Candidats TMP

Partant de là, les différents dossiers peuvent êtres répertoriés tout ou partie selon 3 critères:

  • Nature du groupe candidat
  • Catégorie de programmes
  • Forme des contenus diffusés

Nature du groupe candidat

Les Grandes chaînes TV hertziennes: TF1, M6, Canal + ont une position défensive afin de préserver leur suprématie. TF1 notamment, de part le rejet de candidature de TV Breizh , est passé à côté de la TNT lors de son lacement en 2005. Le groupe a du racheter TMC et entrer au capital du Groupe AB afin de corriger sa position.

Les grands groupes médias: Bolloré, Lagardère, Groupe AB, NRJ, l’association l’Equipe/Les Echos/Equidia, Nextradio TV ont au contraire une position très offensive. Ces groupes s’appuient sur des portefeuilles de marques fortes déjà présentes ou non dans le paysage audiovisuel afin de maximiser audiences globales et revenus publicitaires. Lagardère se distingue par le nombre de dossiers déposés supérieur au nombre de canaux qu’il pourrait espérer avoir (6 contre 3).

Les opérateurs: Orange, Numericable cherchent à élargir leur position sur la chaîne de valeur média afin de créer de nouveaux centres de profits. SFR n’a pas déposé de dossier afin de ne pas entrer en concurrence avec Canal + qui fait également parti du groupe Vivendi.

Les producteurs de contenus: Adamique Production, EuropaCorp, Mobibase voient en la TMP un nouveau circuit de diffusion et rentabilisation de leurs contenus. Lors de l’appel à candidature pour l’attribution des canaux régionaux de TNT, le dossier de Adamique Production a été jugé irrecevable par le CSA.

Les éditeurs “niches”: Cofites (TéléMelody), Télévista (Vivolta) ont pour objectif via l’attribution d’un canal TMP d’augmenter leur taux de couverture sur leurs cibles respectives.

Catégorie de programmes

Généraliste/mini généraliste: TF1, M6, Canal +, TMC, NT1 Remix, W9, Direct 8 Mobile, Virgin 17, NRJ 12

Sport: Infosports, Eurosport, E3TV, Ma Chaîne Sport, RMC Sport, Orange Sports TV

Information: i-Télé, LCI, BFM TV, TBFM, Euronews

Musique: MCM Top, TéléMelody

Jeunesse: Canal J MP, Gully

Féminin: Teva, Elle TV

Technophiles: O’TV

Participative: MTP1


Forme des contenus diffusés:

Spécifiques TMP (programmes courts, cadrage spécifique, interactions): MTP1, O’TV

Reformatés TMP: Direct 8 Mobile, Canal J MP, NT1 Remix

Formats TV adaptés à la TMP: i-Télé, MCM Top, LCI, BFM TV, Euronews

Formats TV non adaptés à la TMP: TF1, M6, Canal +, i-Télé, TMC, Gulli, Virgin 17, MCM Top, LCI Eurosport, NRJ 12, W9, Téva, Vivolia

Fort est de constater que l’offre qui se dessine reste assez similaire à l’existant sur la TV et, exception faite de MTP1, ne tirerait pas partie des possibilités du terminal (interactivité, géolocalisation). Ceci s’explique à la fois par un modèle économique dont les contours sont encore flous, un écosystème composé d’acteurs aux antipodes et un manque de maturité vis à vis du mobile.

Selon les estimations du cabinet NPA Conseil, il faudra compter entre 80 et 200 millions d’euros pour construire un réseau couvrant 50 % de la population et 4 à 6 millions supplémentaires par chaîne. Les revenus publicitaires ne devraient pas être en mesure de pouvoir couvrir ces investissements avec un marché tendant vers les 81 millions d’euros en 2012. Afin de palier ce manque, 8 candidats se sont associés pour créer la « charte pour l’essor de la Télévision Mobile Personnelle en France » qui a pour vocation de “mettre en place en commun avec les industriels et les distributeurs un modèle coopératif de financement du réseau et son exploitation”. Celui-ci pourrait prendre la forme d’un abonnement pour des différents distributeurs et/ou d’une licence pour des constructeurs de terminaux sans abonnements.

On peut dès lors imaginer une offre composée d’un bouquet gratuit complété par des chaînes thématiques payantes. NRJ et Bolloré souhaiteraient dors et déjà voir leurs chaînes respectives (NRJ12 et Direct8) diffusées gratuitement. Dans une interview réalisée par Laurent Esposito publiée sur Télévision 2.0 et vidéo numérique le 27 juin 2007, Philippe Bailly associé et co-fondateur du cabinet émettait déjà l’hypothèse de forfaits compris entre 5 et 10 euros . Hypothèse confirmée par l’institut Harris Interactive selon lequel 25% des internautes Français sont intéressés par la TMP. 54% d’entre eux déclarent avoir l’intention de souscrire à une offre de TMP si elle leur était proposée au tarif mensuel de 5 euros et 24% à 10 euros par mois.

Au delà de l’aspect financier, la « charte pour l’essor de la Télévision Mobile Personnelle en France » engage les signataires à mutualiser leurs ressources en terme de système de cryptage et de gestion de droits (CAS), guide de programmes TV (EPG) et diffusion avec les opérateurs et industriels.

D’après les différents éditeurs “membres” 3 conditions doivent être réunies afin de permettre l’essor de la TMP:

  • Des programmes attractifs.
  • Un service de qualité, permettant la continuité de réception en mouvement. Dès le lancement, la couverture dans les transports et en intérieur devra être effective.
  • Une offre de terminaux variées (téléphones, récepteurs portatifs) à des prix compétitifs

Paradoxalement, Orange n’a pas signé la charte. Cet état de fait est symptomatique de l’écosysthème mobile tiraillé entre les intérêts de 3 forces majeures:

Les éditeurs de contenus: course à l’audience dans le but de maximiser les revenus publicitaires

Les opérateurs: optimisation du revenu mensuel par utilisateur (ARPU)

Les constructeurs: rentabilité des terminaux

Les premiers impulsent dans le sens de la TMP gratuite alors que les seconds tirent vers un modèle 100% payant. Alors que les 16 premiers canaux seront attribués par le CSA juillet 2008, les fréquences libérées par la dividende numériques seront quand à elles attribuées par l’ARCEP (Autorité de Régulation des Communications Electroniques et des Postes). Les candidats sont déjà nombreux (TMP, TNT HD, Internet Mobile, 4G), ce qui laisse imaginer que ce premier appel d’offre n’est qu’un round d’observation.

Enfin comme le souligne André Tonique dans sa tribune sur le Journal du Net intitulée Télévision mobile personnelle: au delà du miroir: “l’endroit, la façon et les raisons de regarder un programme télévisuel sont largement codifiés socialement. La TMP va bouleverser ces règles, surtout si elle est accessible partout, par tout un chacun, à n’importe quelle heure et sur une multitude de terminaux portables”.

Dans la mesure où une majorité des projets TMP déposés sont des portages de chaînes TV, peut on envisager que cette “offre générique” soit adaptée à une demande plus spécifique qui plus est quand la consommation média se veut de plus en plus délinéarisée grâce la VOD, la Catch-Up TV et les Podcasts.

Il est toutefois intéressant de faire le distingo entre TMP et Mobile TV. Dans ce sens la première est légitime sur un récepteur mobile (Téléviseur de poche, baladeur) comme prolongement d’un média existant: la TV. La seconde quant à elle s’appuie sur un terminal qui se veut le centre de la convergence média / convergence des écrans et nécessite pour être appréhendée pleinement l’intégration de la valeur ajoutée de celui-ci et l’exploitation non comme un prolongement mais comme un nouveau média du Mobile.